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Bonjour, c'est Kometa. Samedi 24 février marquera deux ans de guerre russe en Ukraine. Deux ans de bouleversement de notre monde.

Or derrière les manœuvres militaires et les analyses géopolitiques, il y a des histoires intimes et personnelles.

Pour Kometa, écrivains, photographes, journalistes, soldats et militants vous racontent de l’intérieur comment leur vie a changé.

La guerre devenue silencieuse

© Vlada et Kostiantyn Liberov

Par Léna Mauger, rédactrice en chef de Kometa, à Kyiv et Kherson

Lorsque les alertes aériennes retentissent à Kyiv, c’est-à-dire quasiment toutes les nuits et une ou deux fois par jour, Liana ne bronche pas. Cela fait longtemps qu’elle ne descend plus dans un abri. Elle ne s’éloigne pas non plus des vitres de son appartement, qui pourraient exploser en cas de bombardement. Elle en profite pour faire quelque chose qui lui procure un petit plaisir, comme se mettre du vernis à ongles. «C'est une question de dignité. On se bat, mais on doit aussi continuer à vivre.»

A Kyiv, la guerre est un bruit qu’on ignore pour ne pas sombrer. Si vous buvez un cappuccino dans l’un des nombreux cafés branchés du centre, qui ressemble à un nouveau Berlin, vous ne verrez aucun hipster bouger. Les sirènes retentissent dehors, reprises par les téléphones portables, mais tout le monde continue son repas et sa conversation, comme si rien ne pouvait arriver. Puis certains ouvrent Telegram et, de la même manière qu’ils jetteraient un coup d'œil à la météo, ils suivent la menace en direct.

La vitesse des drones

«Décollage de plusieurs Tupolev Tu-95MS depuis l'aérodrome d'Olenya situé dans la région de Mourmansk dans le nord-est de la Russie»… «Un groupe de drones Shahed (5-7 pièces) a volé à l'est de la région de Kryvyï Rih en direction du nord et du nord-est. Un autre groupe (4-6 pièces) a traversé la région de Zaporijia.»

Les Ukrainiens ont appris à connaître la vitesse de vol d’un Shahed (qu’ils appellent cyclomoteur, à cause du bruit) et la portée d’un missile. Dans la capitale, ils comptent sur le système de défense antiaérien Patriot pour les protéger. Liana dit: «Je n’ai pas plus de chance de mourir écrasée par mon immeuble que de gagner à la tombola».  

En allant vers l’Est et le front, on imagine que le danger pousse les habitants à prendre davantage de précautions. Mais la scène se répète, une alarme retentit et la vie suit son cours. Est-ce qu’on s’habitue à la peur? Une famille du Donbass déplacée à Dnipro (passée, donc, d’une maison située à quelques mètres de la ligne de front à une ville «seulement» visée de temps en temps) raconte: «Ici, on élève nos enfants en sécurité». Plus la guerre dure, plus le seuil de tolérance au risque augmente. C’est humain.

Le bruit du frigo

Moi-même, je dois avouer que la première nuit, je suis sortie paniquée en pyjama dans le couloir sans savoir où aller, puis j’ai envoyé des messages à des amis qui, eux, dormaient à poings fermés. «Je suis dans un Airbnb au 7e étage et il n’y a pas d’abri, je fais quoi?» Une heure plus tard, l’un d’eux me répondait enfin: «T’inquiète, c’est seulement des Shahed» (les drones). Une semaine plus tard, c’est moi qui m'extirpe de mon sommeil avec le sentiment d’être dérangée par un bruit: je débranche le frigo et me recouche. A l'aube, j’apprends que la ville a été bombardée…

La différence entre les Ukrainiens et moi, c’est qu’une fois mes reportages terminés, je vais prendre deux trains puis deux avions, 24 heures de voyage pour retrouver mon lit à Marseille. Dans le Donbass, cela fait dix ans que ça tire, deux ans dans tout le reste du pays. Et l’Ukraine a le sentiment qu’on l’a oubliée. 


Les photographes d’amour devenus reporters de guerre

Après six mois sur le front sans avoir vu sa fiancée, l'acteur ukrainien Maksym Devizorov, épouse la comédienne Svetlana Gordienko. Dnipro, 21 mai 2022 | © Vlada et Kostiantyn Liberov

Avant la guerre, Vlada et Kostiantyn Liberov mettaient en scène des couples et des histoires de cœur, avec un goût prononcé pour le kitsch. Depuis l'invasion russe du 24 février 2022, ce couple de photographes d'Odessa documente les combats, les soldats, les tranchées... et les mariages de soldats. Leurs clichés au plus près du front racontent autant le basculement de leur propre destin que celui de l’Ukraine.

Un récit et un portfolio à découvrir dans notre 2e numéro, «Liaisons dangereuses» et en libre accès sur Kometa.fr


Il se voyait romancier, le voilà dans les tranchées

Des soldats de la 3e brigade d'assaut attaquent l'ennemi au mortier. Région de Bakhmout, 12 août 2023 | © Vlada et Kostiantyn Liberov

Artem Tchekh, 38 ans, est l’auteur d’une dizaine de romans et se décrit comme «adepte de tranquillité familiale et de douces soirées autour d’un verre de rouge». Mobilisé en 2015 dans le Donbass, il s’était promis de ne jamais reprendre les armes. Mais en février 2022, il n’a pas eu le choix. Quel sens a la guerre quand on rêve de littérature?

Son 1er chapitre, Le poète ukrainien qui écoutait Massive Attack en route vers le front et la mort, est à lire sur notre site (en libre accès).


Il était fonctionnaire français, il combat dans le Donbass

Nous revenons d’une de nos premières missions près de Bakhmout, la première sous la neige pour moi. DR

Quelle mouche a piqué Pierre? Il servait l'administration française en Afrique et s'ennuyait un peu. Les couloirs, la machine à café, l’eau de Cologne des collègues médisants, il n'en pouvait plus. Son ami le journaliste Florent Vergnes a retrouvé sa trace en Ukraine – et en armes. «Tu es le bienvenu, mais il n’y a plus une goutte de bière en ville, répond Pierre. Ça me fera plaisir de te voir dans un environnement sain et équilibré.»

Lisez la première partie de son récit: Quelque chose à faire à l'Est


En Russie, d'autres vies bouleversées

Alexeï Gorinov, député de Moscou, est désormais prisonnier politique pour avoir dénoncé la guerre: ses lettres de prison

Vladimir Alexandrovitch, ouvrier, est entré en résistance contre la désinformation: un récit de Filipp Dzyadko

Alexei Dokuchaev, Aleksandr Gorbachev et Felix Sandalov, en exil à Berlin, réinventent l'édition dissidente: leur interview


A lire ce week-end…

Comment votre vie a changé? C'est la question que nous avons posée aux écrivains ukrainiens Artem Chapeye et Luba Yakymtchouk... et à bien d'autres, comme Roberto Saviano, qui racontent un monde qui change en eux et autour d'eux.

A propos de Kometa

À l’origine de Kometa, une envie: comprendre le monde en allant voir là où il bouge. On ironise parfois sur ces Américains qui ne savent pas placer Paris ou Bruxelles sur une carte d’Europe, mais l’invasion russe de l'Ukraine a révélé notre méconnaissance d’une partie entière de notre continent.

Tous les trois mois dans une belle revue papier de 208 pages, chaque semaine dans ses newsletters et tous les jours sur son site, Kometa propose des grands récits littéraires, des photos d’auteurs et des débats d'idées pour saisir ce que nous n’avons pas vu se lever à l’Est. En révéler la richesse, les talents et l’incroyable complexité.

L'agenda

22 février, 19h

Soirée d'échanges à la Gaîté Lyrique

Dans le cadre de la saison EU.TOPIA de la Gaîté Lyrique (Paris IIIe), dont Kometa est partenaire, Haydée Sabéran, rédactrice en chef adjointe, participe à la table ronde «Ukraine: vie culturelle, deux ans après». Un événement organisé par le média We are Europe.


26 février, 19h

Débat autour du film «Photophobia» au cinéma L'Entrepôt

Le cinéma L’Entrepôt (Paris XIVe) organise, en partenariat avec l'association L’Usage du Monde au 21e siècle et Kometa, une programmation spéciale autour du documentaire Photophobia, d'Ivan Ostrachovský et Pavol Pekarčik. La projection est suivie d’un échange avec Serge Michel, directeur de la publication de Kometa. Bon à savoir: nos abonnés bénéficient d’un tarif réduit!

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